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Libres chemins

...ceci n’est pas un blog mais le simple espace de bidouille d’une piétonne autodidacte

Feuilleton piétonnier

Sur le territoire de la carte le piéton amateur rencontre —parfois— des humains.

Article publié le 29 avril 2013, mis à jour le 11 juillet 2016

Un italien marseillais (cantonnier n° 2)

Février 2014, soleil gris chemin de la Nerthe à L’Estaque. Un jeune papa près de son auto regarde sa fillette faire toute seule un bout de chemin en direction de l’école. Nous sommes en face de la maison de La Vieille dame indigne de René Allio. Est-ce qu’il connaît ce film ? Non mais ça l’intéresse bien car il cherche à télécharger tout ce qui concerne l’Estaque. Je luis dis que le DVD va sortir après restauration par une petite société marseillaise qu’il sera beaucoup plus beau qu’un quelconque fichier obtenu à partir d’une vieille cassette piratée. M’enfin c’est pas moi qui vais lui faire la morale sauce hadopi...
Il se trouve qu’il est Italien. Nous parlons de l’histoire des Italiens de Marseille. De tous ces journaliers italiens qui ont fait tourner les usines du XIXem à La Cabucelle, à Menpenti, à la Capelette à la Belle de Mai. Sans compter les tailleurs de pierre qui ont réalisé chemin de fer de la Côte Bleue (sous nos yeux au bout de la rue le viaduc de la Nerthe...)
Ce charmant bel homme au français très élégant est cantonnier municipal ici, ce qui lui permet de découvrir des trésors au pied des poubelles : dernièrement un dictionnaire Larousse de 1914 ! À Florence il était artisan plombier-chauffagiste, puis il s’est marié à une fille de L’Estaque.

Grenouille du premier mai 2013

Besoin de marcher. Journée sans transports en commun pour aller arpenter les confins de la Ville : je choisi un coin pas trop lointain du côté de la Blancarde. Dans une rue tranquille un pavillon très loi Loucheur et ses rosiers proliférants capte ma curiosité. Changement brusque de direction. Je coupe la route à un joyeux marcheur qui sifflotait dans mon dos. Très bon siffleur au demeurant. Il me dépasse après une tape amicale sur l’épaule. C’est un Rrom. Nous fouillons ensemble une poubelle débordant des trésors d’un déménagement. Nous sommes dans un quartier de riches [sourire]. Je lui montre une superbe grenouille en céramique, toute neuve (du style pot pour balais de chiotte). Mais ça n’a pas l’air d’être son type de marchandise.
— C’est pour toi Madame, prend le.
Plus loin plus tard on se re-croisera et on se fera un petit salut.

Usine secrète

Quelque part dans Marseille une usine belle comme une image d’encyclopédie enfantine : hauts murs appareillés de calcaires hexagonaux, sheds aux profils impeccables, magnifiques cheminées de brique. Pas l’habituelle friche, pas une ruine, de beaux bâtiments en bon état, double portail bien verrouillé et vidéo surveillance 24 h/24.
C’est dimanche mais un camion arrive, j’interpelle le chauffeur au blouson d’uniforme digne d’une pub américaine des années 50 :
— pardon monsieur elle produit quoi votre entreprise ?
— désolé nous n’avons pas le droit de donner des renseignements ;
— vous pouvez quand même peut-être me dire si c’est une citerne ce rond bleu sur la carte (je lui montre mon walking paper), c’est pour enrichir le plan de Marseille ;
— non non non, on a des consignes ;
Pas moyen de mettre un pied dans la porte. De toute façons sur son camion il y a l’URL de l’entreprise. Mais dommage j’aurais bien aimé faire un peu conversation avec cet beau gosse...

La rivière devenue rocade

De Rabatau à Dromel je cherche le Jarret pour les cartographier dans OpenSteetMap.
Question à un jeune couple qui sort d’une de ces tristes nouvelles copropriétés (Cap à l’Est qu’il disent chez Gaudin !), juste histoire d’engager la conversation.
— c’est bien le Jarret qu’on voit ici ? (je en pointe un doigt vers le cours d’eau méchamment cuvelé en contrebas de leur rue privée) ;
— non le Jarret c’est là-bas (doigt tendu vers le boulevard-voie rapide) ;
— oui mais non, le Jarret c’est une rivière, seulement comme la rocade l’a en partie recouvert, on a fini par l’oublier ;
— ah bon et ben vous nous apprenez quelque chose...
Et moi je vais tenter de faire exister l’affluent du fleuve Ubelka sur la carte…

Cantonnier sans frontières (municipales)

Exploration des confins de Saint-Antoine avec Louis d’Hôtel du Nord à la recherche du biaou affluent de la Caravelle (le ruisseau des Aygalades) et de ses bouilladous. Sur une route que coupe la frontière Marseille-Les Pennes-Mirabeau nous rencontrons un cantonnier municipal Pennois. Fièrement harnaché de fluo de la tête au pied il ramasse aussi les bordilles sur la partie marseillaise de la voie.
— Parce-que quand même pour les gens qui viennent se garer par ici ça fait plus propre, nous dit-il.

Cercle de conversation dans un espace-temps parallèle

Je me souviens d’un documentaire sur la construction des plages Gaston Defferre. On y voyait des bulldozers étalant avec fracas et poussière les déblais du métro pour créer ces plages artificielles. Au premier plan des baigneurs bronzaient au son du chantier sur le même bout de rocher qu’ils fréquentaient probablement depuis des lustres.
C’est un peu pareil en cet après-midi de décembre 2012. Entre le chantier de réaménagement de l’avenue Camille Pelletan et celui du futur parc de la Porte d’Aix un groupe vieilles dames, des « chibana », (j’imagine que c’est le féminin de chibani), assises qui sur un banc public rescapé, qui sur des cagettes, s’est organisé un petit cercle de papotage. Je leur demande depuis quand elles ont l’habitude de se retrouver là, j’aimerais bien savoir comment elles vivent tout ce chambardement dans leur quartier. Seront-elles encore là quand le parc urbain aura été livré ?
Mais pas une ne sait me répondre en français. On se quitte après échange de sourires et de gestes d’amabilité.
Photo manquée...